Revue d'Evidence-Based Medicine
Editorial: Requiem pour une médecine holistique?
Minerva 2003 Volume 2 Numéro 8 Page 126 - 127
Professions de santé
Citez ceci comme : Stuer H., Vermeire E. - Editorial: Requiem pour une médecine holistique? Minerva Article 2003;2(8):126-127.
Aucune influence de la pensée positive en cas de cancer ?
Il est généralement admis que la préparation mentale et les stratégies d’adaptation psychologique peuvent avoir une influence sur la durée de survie de personnes découvrant qu’elles sont atteintes d’un cancer.
Affronter de manière positive et combative une maladie très menaçante serait mieux qu’une acceptation sans résistance, une « chute dans un abîme sans fin ».
Des personnes à structure mentale positive et possédant l’envie de lutter nécessaire, auraient une durée de survie plus longue. Cette observation était mentionnée dans une étude faite en 1979 auprès de femmes présentant un cancer du sein 1.
Une synthèse méthodique a rassemblé les preuves d’efficacité des stratégies d’ajustement ou coping (lutte, impuissance, abandon, négation) sur la survie et sur la survenue de récidive chez des patients atteints de cancer 2. La conclusion de cette recherche est le peu ou l’absence d’effet. Cependant, la résignation, le fatalisme ou la négation semblent avoir un effet négatif.
La conséquence en serait l’absence d’intérêt à mettre en route des interventions psychologiques et à recommander des modes de réactions spécifiques pour augmenter la survie. Une conclusion aussi interpellante mérite que nous nous y attardions : la mouvance « médecine holistique » est toujours un repère et les soixante-huitards convaincus ne peuvent s’en défaire sans sourciller.
Autre question importante : quelle est l’importance de ces conclusions en soins palliatifs ?
Cette lecture nous a laissés pantois. Pleurons-nous sur notre impuissance de n’avoir plus aucune influence possible sur le cours des choses, même si nous intervenons personnellement ? Que devons-nous faire désormais ? Accepter sans délai ces conclusions et nous y conformer désormais de manière soumise ?
Cette synthèse inclut uniquement des études d’observation prospectives (études de cohorte). Existe-t-il d’autres recherches ? Les études présentant des résultats positifs comportaient une population moins importante que la moyenne de l’ensemble des études et aucune association n’a été mise en évidence entre la qualité de l’étude et ses résultats. Une hétérogénéité importante entre les différentes études existe et de plus, peu d’études ont été réalisées pour chacun des modes de réaction.
Les auteurs eux-mêmes reconnaissent que les résultats positifs ne sont « attribuables » qu’à la faible qualité méthodologique de ces études.
En outre, la méthode d’évaluation de la qualité méthodologique des études par les auteurs n’est pas décrite de manière claire.
Cette synthèse méthodique met en évidence le faible nombre d’études et leur effectif lui aussi trop faible pour tirer des conclusions. Les auteurs concluent cependant à l’inadéquation, voire même au caractère inapproprié de telles interventions.
Un pont trop loin ? Si aucune preuve ne peut être mise en évidence, est-ce dû à l’absence réelle d’un effet malgré une étude de bonne qualité sur un nombre important de patients ou à l’absence de preuve du fait de la non-existence d’étude correcte sur ce sujet ? Par ailleurs, la conclusion de cette étude ne suscite pas un grand étonnement de notre part : un effet peu important du vécu, des modes de réaction et des caractéristiques de la personnalité sur la survenue d’un cancer du sein a été décrit 3. Ou bien, ne pouvons-nous pas généraliser ces conclusions ?
Il existe peut-être un effet du coping sur la qualité de vie. Cet aspect est très important chez des personnes atteintes de cancer. L’étude n’a pas porté sur ce thème. L’adaptation psychologique est un ensemble de processus visant à permettre une harmonie. Les modalités de réaction ne constituent qu’une des possibilités et malgré l’existence de quelque littérature sur les interventions psychologiques chez les patients cancéreux, aucun critère d’efficacité de celles-ci n’a été décrit avec précision 4. Les modes de réaction peuvent aider les patients à se sentir mieux ou plus forts. La survie n’est donc plus l’objectif unique, la qualité de sa propre vie et la propre spiritualité nécessitant également une attention suffisante, ainsi qu’un investissement significatif 5.
Les conclusions de cette synthèse sont-elles prématurées ? Sont-elles une trop grande simplification de la réalité ? La vraie question est celle de savoir s’il est possible, dans ce domaine, de tirer des conclusions à partir de ces méthodologies et de ces limites conceptuelles précises.
Mais les définitions sont-elles claires et les notions comprises de manière identique pour chacun : approche positive, participation active du patient, « pensée positive » ?
Est-ce différent d’être préoccupé de la mort ? Est-il préférable de prendre des distances ? La médecine n’a certainement pas encore exploré toutes les voies possibles. Peu d’études se sont penchées sur la notion de rester en bonne santé !
Dans le cas du cancer, le « coping » est une forme de « problem solving » donc centré sur la maladie, la salutogenie 6,7 est guérison, donc centrée sur la santé.
Faut-il en conclure que nous devrions (mieux) comprendre les processus réellement de guérison : des interventions sont-elles possibles dans ce domaine, peut-on apprendre à « guérir » ? Si oui, quelle est la différence d’efficacité entre ces deux attitudes, l’une centrée sur la tumeur et l’autre salutogène ? Les limites de ces domaines sont bien imprécises et sans une attention suffisante pour les concepts, le chaos menace.
Chacun y attache souvent une signification différente. Les spécialistes de la douleur ne sont-ils pas aux prises avec ces difficultés depuis 30 ans ? Dans ce domaine des soins de santé, des synthèses méthodiques sont certainement indispensables, mais en premier lieu, des recherches de base bien menées sont nécessaires.
Cette fin de la médecine holistique signifie aussi, peut-être, un autre commencement qui nécessite de manière prioritaire l’élaboration de concepts de base. Peu d’études ont été réalisées quant à la qualité de vie de personnes atteintes de cancer 8 . Que signifie la notion qualité de vie dans ce contexte ? Quand des concepts clairs existeront, les oncologues, psycho-oncologues et autres chercheurs pourront se pencher sur les choix de méthodes adaptées pour la recherche dans ce domaine.
La médecine holistique est loin d’être enterrée, une vision renouvelée doit voir le jour. Qui se sent appelé ?
E. Vermeire, H. Stuer
Références
- Reynolds P, Hurley S, Torres M, et al. Use of coping strategies and breast cancer survival : results from the Black/White cancer survival study. Am J Epidemiol 2000;152:940-9.
- Petticrew M, Bell R, Hunter D. Influence of psychological coping on survival and recurrence in people with cancer : systematic review. BMJ 2002;325:1066-75.
- Butow PN, Hiller JE, Price MA, et al. Epidemiological evidence for a relationship between life-events, coping style, and personality factors in the development of breast cancer. J. Psychosom Res 2002;49:169-81.
- Owen JE, Klapow JC, Hicken B, Tucker DC. Psychological interventions for cancer : review and analysis using a three-tiered outcomes model, Psychooncology 2001;10:218-30.
- Kneier AW. Coping with melanoma : ten strategies that promote psychological adjustment. Surg Clin North Am 2003;83:417-30.
- Antonovsky A. Health, stress and coping. San Francisco : Jossey-Bass Publishers, 1979.
- Antonovsky A. Unraveling the mystery of Health. San Francisco : Jossey-Bass Publishers, 1987.
- Shimozuma K, Okamoto T, Katsumata N, et al. Systematic overview of quality of life studies for breast cancer. Breast Cancer 2002;9:196-202.
Auteurs
Stuer H.
Vakgroep eerstelijns- en interdisciplinaire zorg, Centrum voor Huisartsgeneeskunde, Universiteit Antwerpen
COI :
Vermeire E.
Vakgroep eerstelijns- en interdisciplinaire zorg, Centrum voor Huisartsgeneeskunde, Universiteit Antwerpen
COI :
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