Revue d'Evidence-Based Medicine
Un peu de pollution dans l'air?
Minerva 2003 Volume 2 Numéro 5 Page 72 - 72
Professions de santé
Citez ceci comme : Lemiengre M. Un peu de pollution dans l'air? Minerva Article 2003;2(5):72-72.
À l’occasion du cinquantième anniversaire de ces jours où le smog envahit Londres en 1952, en provoquant quatre mille décès (en plus de la mortalité habituelle), la problématique de la relation entre la pollution atmosphérique et la santé publique a rempli les colonnes de la littérature médicale. Les médias ont insisté sur les jours torrides d’été pendant lesquels les seuils de pollution par l’ozone sont dépassés. Des études faisant le lien entre des modifications des polluants atmosphériques et la survenue de problèmes respiratoires existent. Dans ce numéro de Minerva, une étude relative au rôle favorisant de l’ozone sur l’asthme de l’enfant est analysée. L’exposition de longue durée à la pollution atmosphérique est au moins aussi importante. La combustion de matériaux fossilisés, liée à la circulation automobile toujours plus importante, et la consommation d’énergie croissante de l’industrie produisent de plus en plus d’oxyde d’azote, d’hydrocarbures volatils, de monoxyde de carbone et de petites particules inhalables (Particulate Mass ou particules d’un diamètre inférieur à 10 µm) qui, à leur tour, sous l’influence de facteurs climatiques, provoquent une forme secondaire de pollution atmosphérique photochimique.
Des études très récentes confortent, avec des données empiriques solides, que c’est principalement l’exposition prolongée à la pollution atmosphérique, surtout liée à la combustion de matériaux fossiles, qui entraîne de lourdes conséquences sur la mortalité et morbidité cardiaques et pulmonaires. Ces études ont tenu compte des critiques méthodologiques qui ont remis en cause les résultats d’études précédentes. Les résultats de ces diverses études prouvent le lien entre les deux éléments. Comme cette problématique touche principalement des populations citadines denses, une augmentation faible du risque est suffisante pour provoquer un nombre absolu élevé de victimes. À Dublin, la vente de charbon a été interdite. La pollution aérienne causée par la fumée noire a diminué de 70%, et dans les années qui ont suivi l’interdiction, il y a eu en moins, en moyenne par an, 116 décès liés à une pathologie respiratoire et 243 décès liés à une cause cardiovasculaire 1. Dans d’autres régions, une diminution identique a été observée lors de l’amoindrissement de la pollution atmosphérique sur une période plus longue 1, 2, 3. En Hollande, on estime que 2 100 décès annuels sont liés à la pollution atmosphérique. C’est le double du nombre de victimes de la route. Une estimation semblable a été faite pour l’Autriche, la Suisse, la France, arrivant à un total de 40 000 décès liés à la pollution atmosphérique, dont la moitié serait liée à l’émission de gaz de combustion due à la circulation automobile.
Dans ce domaine, comme dans le débat sur le danger du tabac pour la santé publique, le scientifique précède les décideurs politiques de quelques années. Les intérêts financiers et économiques liés à la combustion de matériaux fossiles réclament leurs sacrifiés (expiatoires ?). Dans notre vie en société, nous supportons ceci manifestement sans trop de problèmes de conscience et nous refusons d’investir dans des méthodes de production d’énergie plus respectueuses de l’Homme et de son environnement.
Les accords de Kyoto n’ont pas été ratifiés par les plus grands pollueurs et nous ne nous rendons manifestement pas compte que l’achat et donc la préservation du bois de Sibérie est tout bénéfice pour la population, la flore et la faune sibériennes. Ceci, n’a cependant qu’un effet négligeable sur la qualité atmosphérique dans notre propre pays. Les médecins généralistes s’affairent à maintenir des patients individuels en meilleure santé possible. Pour ce motif, nous ne pouvons rester indifférents aux données rapportées plus haut.
La gestion de la santé individuelle n’a de sens que si l’individu peut vivre et se déplacer dans un milieu socialement et écologiquement sain. Ce dernier élément ne peut échapper à notre attention.
M. Lemiengre
Références
- Clancy L, Goodman P, Sinclair H, et al. Effect of air pollution and death rates in Dublin Ireland: an intervention study. Lancet 2002;360:1210-4.
- Pope CA, Burnett RT, Thun MJ, et al. Lung cancer, cardiopulmonary mortality and long-term exposure of fine particulate air pollution. JAMA 2002;287:1132-42.
- Hedley AJ,Wong CM, Thach TQ, et al. Cardiorespiratory and all-cause mortality after restrictions on sulphur content of fuel in Hong Kong: an intervention study. Lancet 2002;360:1646-52.
- Hoek G, Brunekreef B, Goldbohm S, et al. Association between mortality and indicators of traffic-related air pollution in the Netherlands: a cohort study. Lancet 2002;360:1203-9.
- Künzli N,Kaiser R, Medina S, et al. Public-health impact of outdoor and traffic related air pollution: a European assessment. Lancet 2000;356:795-801.
Auteurs
Lemiengre M.
Huisartsenpraktijk De Wijngaard Roeselare; Vakgroep Huisartsgeneeskunde en Eerstelijnsgezondheidszorg, UGent
COI :
Mots-clés
pollution de l'airGlossaire
Code
Ajoutez un commentaire
Commentaires