Revue d'Evidence-Based Medicine
Recherche, source de dépression?
Minerva 2004 Volume 3 Numéro 7 Page 104 - 104
Professions de santé
Citez ceci comme : De Meyere M. - Recherche, source de dépression? Minerva Article 2004;3(7):104-104.
Un récent éditorial du Lancet portait ce titre 1. "Il est difficile de se rendre compte de la douloureuse tristesse de parents, de la famille et des amis d'un enfant ôté à la vie. Qu'une telle circonstance soit précipitée par un médicament espéré salvateur est une catastrophe. Il est inconcevable que ces médicaments soient administrés sur la base de conclusions sélectives d'études dites favorables" 1. Dans ce même numéro du Lancet, paraît une synthèse méthodique d'études publiées versus non publiées concernant les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) chez les enfants 2. Cette étude montre que les recherches publiées esquissent un profil favorable de ces médicaments qui présenteraient plus d'avantages que d'effets indésirables. Si les études non publiées sont également prises en compte, les avantages ne pèsent plus lourd face aux effets indésirables, sauf pour la fluoxétine. Pire encore: la paroxétine, la sertraline, la venlafaxine et le citalopram ne présenteraient pas d'efficacité pour cette indication chez les enfants et entraîneraient même un risque accru de suicide et d'autres effets indésirables graves.
Lors d'un récent audit de la Food and Drug Administration (FDA) américaine, la firme GlaxoSmithKline a été accusée de tromperie pour avoir tu cette fréquence accrue de suicide chez les enfants 3. Un mémorandum de cette même firme mentionne: "il est inacceptable que nous formulions la conclusion que la paroxétine n'est pas efficace, ce qui ébranlerait la crédibilité de son profil" 1.
D'autres sources critiques font écho à ces éléments, précédemment rapportées dans Minerva 4,5. Le Lancet souligne qu'en ne publiant pas d'importantes données, les firmes pharmaceutiques entraînent une diminution de la qualité des guides de pratique 1,2. Ce phénomène peut notamment aboutir à des recommandations de médicaments qui ne semblent finalement pas efficaces ou avoir trop d'effets indésirables, ou encore les deux. Dans un contexte d'une culture médicale globale considérant une pratique médicale fondée sur l'EBM comme une référence de choix, ces faits constituent un scandale.
Tous les rédacteurs du modeste Minerva rejoignent les auteurs du réputé Lancet pour réclamer d'urgence le devoir de rendre toute observation accessible aux autres chercheurs, entre autres ceux qui élaborent des guides de pratique clinique, ainsi qu'aux autorités. Nous rappelons également aux médecins et chercheurs de l'industrie pharmaceutique qu'aucune recherche médicale n'est possible sans la confiance et la collaboration de volontaires. "Ces personnes n'admettront jamais qu'une recherche biomédicale se déroule aux dépends de la vie d'enfants" 1. Le cercle se referme. Les patients détiennent la clef: apporter ou non leur collaboration aux recherches biomédicales. Le moment est venu d'y mettre des conditions urgentes et sévères.
M. De Meyere,
Au nom de la rédaction
Références
- Depressing research [Editorial]. Lancet 2004;363:1335.
- Whittington CJ, Kendall T, Fonagy P et al. Selective serotonin reuptake inhibitors in childhood depression: systematic review of published versus unpublished data. Lancet 2004;363:1341-5.
- Moynihan R. FDA advisory panel calls for suicide warnings over new antidepressants. BMJ 2004;328:303.
- De Meyere M. Manipulations insidieuses: Minerva pas assez critique? MinervaF 2004;3(3):36-7.
- De Meyere M. Sertraline pour la dépression majeure chez un enfant ou un adolescent? MinervaF 2004;3(3):38-9.
Auteurs
De Meyere M.
Vakgroep Huisartsgeneeskunde en Eerstelijnsgezondheidszorg, UGent
COI :
Glossaire
Code
Ajoutez un commentaire
Commentaires