Analyse


Dépression chez les plus de 60 ans : facteurs prédictifs de l’efficacité des antidépresseurs ?


15 06 2014

Professions de santé


Citez ceci comme : La rédaction Minerva - Dépression chez les plus de 60 ans : facteurs prédictifs de l’efficacité des antidépresseurs ? Minerva Analyse 15/06/2014. Nelson JC, Delucchi K, Schneider LS. Moderators of outcome in late-life depression : a patient-level meta-analysis. Am J Psychiatry 2013;170:651-9.

Analyse de
Nelson JC, Delucchi K, Schneider LS. Moderators of outcome in late-life depression : a patient-level meta-analysis. Am J Psychiatry 2013;170:651-9.


Conclusion
Cette synthèse des études concernant les nouveaux antidépresseurs (ISRS, duloxétine, bupropione) chez les personnes âgées d’au moins 60 ans montre que leur efficacité n’est prouvée que chez les personnes souffrant de troubles dépressifs modérés à sévères (score de Hamilton ≥ 21) évoluant depuis plus de 10 ans. Dans les autres cas, une efficacité versus placebo n’est pas prouvée.


 


Texte sous la responsabilité de la rédaction francophone

 

 

Concernant l’efficacité des antidépresseurs en cas de dépression chez les personnes âgées, nous avons cité dans la revue Minerva (1) une méta-analyse (2) reprenant 5 RCTs et un total de 345 patients recrutés principalement dans des pratiques ambulatoires, RCTs évaluant le citalopram, la sertraline, la nortriptyline, la désipramine, l’imipramine, l’amitriptyline et le millepertuis. Cette méta-analyse semblait montrer, sur une durée maximale d’un an, une efficacité de ces médicaments pour prévenir une rechute.

En 2008, Nelson et coll. ont publié une autre méta-analyse évaluant l’efficacité des antidépresseurs de seconde génération chez les personnes âgées de plus de 60 ans (3), reprenant 10 RCTs (dont 4 non publiées). Cette méta-analyse montrait une plus-value du traitement antidépresseur versus placebo en termes de réponse (OR de 1,40 avec IC à 95 % de 1,24 à 1,57) et en termes de rémission (OR de 1,27 avec IC à 95 % de 1,12 à 1,44). Le taux de réponse moyen sur 6 à 12 semaines était limité à 44,4 % sous antidépresseurs et 34,7 % sous placebo. Les auteurs concluaient à une efficacité modeste et variable des antidépresseurs pour ces patients âgés d’au moins 60 ans, en ambulatoire, avec trouble dépressif majeur.

 

Cette même équipe d’auteurs a publié en 2013 (4) une nouvelle analyse de leur synthèse méthodique, ayant obtenu les données individuelles (âge, sexe, durée de l’état dépressif, premier épisode ou récurrence, sévérité initiale et résultats en fonction du traitement reçu) des 10 RCTs concernées et à ce moment publiées. Les données pour les critères énoncés ci-dessus étaient complètes pour 7 des 10 RCTs (2 283 patients) et ont été analysées. Le but des auteurs était de déterminer les variables modulant la réponse aux antidépresseurs reçus. Ils ont effectué des analyses univariées et multivariées sur les données. Ils déterminent que la durée des troubles est la seule variable associée à une différence de réponse entre antidépresseur et placebo. Chez des patients dépressifs depuis plus de 10 ans, la sévérité de la dépression est également associée à une plus grande différence d’efficacité : avec un score Hamilton Depression Rating Scale ≥ 21, la différence entre antidépresseur (taux de répondeurs de 58 %) et placebo (taux de répondeurs de 31,4 %) est relativement robuste (ampleur d’effet de 0,54 ; NST de 4). Les patients âgés avec troubles dépressifs majeurs de longue durée et de sévérité modérée à sévère pourraient donc tirer un bénéfice d’un traitement antidépresseur. Chez les autres patients, avec des troubles dépressifs d’apparition récente, la différence de répondeurs entre antidépresseurs (46,3 %) et placebo (41,5 %) est faible (ampleur d’effet de 0,09) et les antidépresseurs (ISRS, duloxétine, bupropione) ne semblent donc guère efficaces.

 

Conclusion

 

Cette synthèse des études concernant les nouveaux antidépresseurs (ISRS, duloxétine, bupropione) chez les personnes âgées d’au moins 60 ans montre que leur efficacité n’est prouvée que chez les personnes souffrant de troubles dépressifs modérés à sévères (score de Hamilton ≥ 21) évoluant depuis plus de 10 ans. Dans les autres cas, une efficacité versus placebo n’est pas prouvée.

 

 

Références

  1. De Meyere M. Poursuivre le traitement de la dépression majeure des personnes âgées durant deux ans? MinervaF 2007;6(2):23-5.
  2. Reynolds CF, Dew MA, Pollock BG, et al. Maintenance treatment of major depression in old age. N Engl J Med 2006;354:1130-8.
  3. Nelson JC, Delucchi K, Schneider LS. Efficacy of second generation antidepressants in late-life depression: a meta-analysis of the evidence. Am J Geriatr Psychiatry 2008;16:558-67.
  4. Nelson JC, Delucchi K, Schneider LS. Moderators of outcome in late-life depression: a patient-level meta-analysis. Am J Psychiatry 2013;170:651-9.

 

 

 

 

Dépression chez les plus de 60 ans : facteurs prédictifs de l’efficacité des antidépresseurs ?



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